Selon les projections du Conseil d’orientation des retraites, le système français des retraites ne sera pas à l’équilibre en 2030, comme prévu par la dernière réforme.

La dernière réforme des retraites ne va pas permettre de restaurer l’équilibre financier du système français des retraites. Telle est l’une des conclusions du dernier rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) présenté le 22 juin 2023.

D’après les projections de cet organisme consultatif, place sous l’autorité de Matignon et qui rassemble des parlementaires, des représentants des syndicats, du patronat, des associations familiales et de retraités, des administrations, ainsi que des personnalités « qualifiées » (démographe, économiste…), le déficit cumulé des régimes de retraite devrait être atteindre au moins 5 milliards d’euros en 2030. Or, la réforme des retraites, promulguée le 15 avril dernier, prévoit que le « trou » soit justement comblé à cette date.

Une compensation par l’État moindre

Le recul progressif de 62 à 64 ans de l’âge légal de départ (l’âge à partir duquel les Français sont autorisés à liquider leurs droits à la retraite obligatoire) à compter des générations nées à partir du 1er septembre 1961 vise, en effet, à dégager des économies. D’un côté, en obligeant les actifs à travailler et donc à cotiser plus longtemps, cela engendrera des recettes supplémentaires pour le système. De l’autre, les départs plus tardifs à la retraite vont repousser le versements des pensions dans le temps, ce qui va réduire les dépenses d’autant.

Avec plus de recettes et moins de dépenses, le gouvernement espérait équilibrer le système. Selon le COR, il n’en sera rien, et ce, pour deux raisons. La première résulte de la politique de réduction du nombre de fonctionnaires initiée ces quelques années. Il faut savoir que l’État comble, chaque année, le déficit des régimes de retraite de la fonction publique. Or, moins il y a d’agents publics et moins le déséquilibre est important. L’État participe alors proportionnellement moins au financement du système des retraites.

Des recettes comptabilisées deux fois

La seconde cause provient d’une erreur du gouvernement, dont le COR ne sait pas si elle est volontaire ou non. Le Conseil établit ses projections à partir des prévisions macro-économiques de l’exécutif envoyé, tous les ans, à la Commission européenne. Le rapport annuel de 2022 du COR reposait sur les prévisions gouvernementales qui intégraient déjà les effets d’une potentielle réforme des retraites. Du coup, lorsque le gouvernement s’est basé sur le rapport du COR de l’an dernier pour mesurer les effets financiers du décalage de l’âge légal de 62 à 64 ans, il a, en réalité, compté deux fois les recettes attendues.

Reste que, « bug » ou pas, le système français des retraites s’avère déficitaire sur le long terme. Sur les quatre scénarios économiques utilisés par le COR, un seul affiche un solde positif en 2070. Il s’agit de celui construit sur une hypothèse, peu vraisemblable, d’une croissance de la productivité (la richesse produite par le travail) de 1,6% par an.

Le spectre d’une nouvelle réforme

Le report de l’âge légal à 64 ans ne va pas pouvoir contrebalancer la baisse du nombre d’actifs par rapport au nombre de retraités. Le ratio va passer de 2,1 cotisants pour 1 pensionné en 2000, à 1,4 cotisant pour 1 pensionné d’ici 2070. Une réduction qui pose problème dans un système par répartition, où les actifs financent immédiatement, via leurs cotisations vieillesse, les pensions des retraités. Dans ces conditions, une nouvelle réforme des retraites n’est pas exclue dans les années à venir.

Source : https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2023-06/RA_2023.pdf